Sylviane GIAMPINO : Les mères qui travaillent sont-elles coupables ?

Lesfemmesquitravaillent_optLa première page de ce livre, en guise de préambule dénommé « la vie d’artiste », plante le décor. Les propos rapportés d’une conversation téléphonique d’une mère qui tente laborieusement de concilier un impératif professionnel avec des obligations personnelles pour les rendre compatibles, résument toute la difficulté de l’exercice. L’intérêt de ce décor est qu’il met en lumière la complexité du quotidien de nombreuses femmes. Complexité qui repose exclusivement sur elles et qui est invisible pour les autres, aussi proches qu’ils soient.

L’auteur décortique les mécanismes qui laissent les femmes / mères seules face à leurs choix : et puisque c’est leurs choix, c’est à elles d’en assumer l’entière responsabilité. Quid de la responsabilité du père dans le choix de l’organisation de la cellule familiale ? Elle est beaucoup plus diluée, voire inexistante.

Ce livre, organisé en trois parties, tisse d’abord les liens entre maternité et responsabilité qui aboutissent à la naissance d’un sentiment de culpabilité. Qu’elle que soit la configuration retenue, faute de faire un véritable choix, une certaine insatisfaction apparaît : soit les mères ne consacrent pas assez de temps à leur(s) enfant(s), soit elles ne sont pas assez patientes ou encore leurs rôles au sein du foyer est totalement dévalorisé (cf. le post 10 astuces de couples pour calmer les discussions d’argent).

Ensuite, dans la seconde partie, Sylviane GIAMPINO relève qu’aucune difficulté particulière dans l’évolution des enfants n’a été relevée comme étant spécifiquement lié au travail de la mère, en rappelant que la quantité du temps passé n’est pas synonyme de qualité ou d’investissement éducatif. De plus, l’approche du monde du travail par rapport à la maternité est soulignée : un excellent élément perd de son excellence en ayant des enfants. Cela est vrai au féminin, pas du tout au masculin. La situation des femmes au foyer n’est pas franchement meilleure. Cependant, l’auteur la replace dans un contexte général en lui donnant une dimension qualitative  : elles sont non-seulement le pilier de la famille mais aussi une ressource pour la société dans son investissement dans le tissu social et associatif.

Enfin, les différents modes de garde sont passés en revue, avec leurs avantages et leurs inconvénients. La sacro-sainte « place en crèche », mode de garde préféré de nombreuses familles, est relativisée en mettant en avant sa rareté, la rigidité de certaines structures et l’opacité de leur attribution.

Ce livre dépoussière les nombreux poncifs en matière du travail des femmes et met en lumière l’invisible que tout le monde prend pour un acquis « normal ». Or, il n’y a rien de normal ou de naturel dans la double journée des femmes, leur salaire inférieur ou leur sous-représentation dans l’espace public. Ce sont des mécanismes culturels qui sont en place, d’ailleurs, parfois relayés par les femmes elles-mêmes.

Sylviane GIAMPINO sort donc du manichéisme sur le travail des femmes et la maternité, en chassant les visions simplifiées à l’extrême et en les resituant dans un contexte précis : celui d’une société dite égalitaire et moderne. Par son état des lieux et son analyse qui s’appuient sur son expérience professionnelle, elle sort du silence le quotidien des mères de famille en appelant chacun : mères, pères, familles, monde du travail, décideurs publics, à prendre ses responsabilités.

Extraits :

P19 « Une mère qui travaille est-elle coupable ? Oui, pour dex raisons, d’abord parce qu’elle est mère, ensuite parce qu’elle est une femme. Une mère qui ne travaille pas est-elle coupable ? Oui, pour les mêmes raisons ».

P20 « Si la maternité est, avec l’amour partagé ou d’autres réussites personnelles et créatives, parmi les plus grands bonheurs qu’il soit donné de vivre, ce n’est pas pour autant une expérience sans embûche ».

P22 « La participation du père aux activités domestiques diminuerait plutôt en fonction de l’augmentation du nombre d’enfants et quel que soit leur âge ».

P41 «  A ma question « comment pensez-vous organiser vos activités professionnelles après la naissance du bébé ? » plusieurs pères m’ont demandé de répéter pour vérifier qu’ils avaient bien entendu ».

P241 « Pour une femme, travailler représente un coût dans son lien à ses enfants, autant que s’occuper d’eux représente un coût du côté de la reconnaissance professionnelle et sociale. Cela n’est pas sans effet sur la façon dont les femmes vivent leur travail : ce qui leur coûte lui donne un prix ».

Editeur : Editions Albin Michel

ISBN-10: 2226179321

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