Martin LEPRINCE : Le roman de la promotion Voltaire

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Le titre est prometteur et après lecture il pourrait même être « Le très bon roman de la promotion Voltaire ».

Quel est le sujet exactement ?

Pas vraiment l’Ecole Nationale d’Administration (ENA), ni les élèves diplômés de cette école en 1980 si célèbres soient-ils (Hollande, Royale, Villepin, Castries, Donnedieu de Vabres, Sapin et les autres), mais plutôt comment un groupe placé dans un cadre particulier réussit à développer autant de talents. Émulation de groupe ou coïncidence ? La question mérite d’être posée.

L’exercice est délicat. Tout a été dit sur cette fameuse promotion Voltaire (qui a bien failli s’appeler « trou des Halles »), mais pas l’essentiel. Tous ces écrits s’intéressent au présent et revisitent le passé à sa lumière. Ce n’est pas le choix de Martin Leprince. L’écriture est exigeante, la démarche l’est tout autant. Ici, on reprend tout depuis la base. Quelles étaient les motivations de cette jeunesse déjà brillante, pour s’astreindre à préparer un concours et à suivre des années de compétition supplémentaires ? Sans doute, une certaine idée de l’Etat et du service public mais aussi à une force de travail couplée à une ambition certaine. Faire partie de l’élite et, à travers le classement, faire partie de l’élite de l’élite.

Une motivation d’abord, pas forcément liée aux origines. Entre les externes et les internes, il y a un monde ou plus exactement un milieu. A l’ENA pour paraphraser un voltairien, il y a les grands bourgeois, les petits bourgeois mais que des bourgeois, à quelques exceptions près. Comme une Ségolène Royale déjà très catégorique dans ses convictions qui s’oppose énergiquement à la création d’un fond d’aide entre les élèves avançant le fait qu’elle, issue d’un milieu modeste, n’allait pas financer un Henri de Castries.

Des personnalités ensuite car dans cette scolarité, les charismes se dessinent et s’affirment. Le fulgurant Henri de Castries maniant aisance, esprit et blagues potaches et qui s’amuse à enduire de colle les combinés téléphoniques d’une préfecture lors d’un stage… et est aujourd’hui à la tête d’une des entreprises les plus puissantes du monde. François Hollande alliant contrôle de soi et volonté, avec la conviction profonde d’être le meilleur mais en privilégiant toujours le consensus pour arriver à ses fins. Dominique de Villepin, distant à souhait, méprisant souvent, sûr de lui et de ce qu’il représente. Ségolène Royale, tout aussi sûre d’elle, mais ayant une revanche à prendre, qui étonne lors de ses échanges directs et décontractés avec des habitants des quartiers défavorisés ; et qui surprendra encore lors de la campagne électorale de 2007 par sa capacité de réunir et fédérer.

Un élan enfin. L’ENA, ce n’est pas une fin mais un moyen. Le classement ouvrant la porte des grands corps, des prestigieuses maisons autrement dit et des accélérateurs de carrière. Des parcours qui seront l’objet de toutes les curiosités entre les voltairiens eux-mêmes au rythme des rencontres et anniversaires.

Ce livre est un très bon livre : le sujet passionnant, l’enquête rigoureuse et le ton souvent caustique. Un mélange rare.

 

Extrait(s) :

P9 « Avant la création de l’ENA, et ce malgré l’existence généralisée des concours administratifs depuis le XIXème siècle, l’accès aux grands corps de l’Etat se faisait essentiellement par cooptation. »

P10 «  Dans l’inconscient collectif l’ENA est déjà à la fois considérée comme le passage obligé pour atteindre les plus hautes fonctions et comme le moule de la pensée unique, une institution de technocrates dont le savoir théorique ne serait guère adapté aux réalités. »

P11 « Quelle motivation peut bien pousser des jeunes gens d’une vingtaine d’années de la fin trépidante décennie 70 à tenter l’ENA ? Les mêmes que celles des générations antérieures et postérieures : la soif de réussite, le désir de servir l’Etat d’en haut, la volonté d’appartenir à une élite intellectuelle. »

P126 «  Les voltairiennes sont plus dans une démarche de réussite personnelle que dans une volonté de démontrer que les femmes peuvent atteindre l’élite ».

P127, à propos de François Hollande « Ne pas montrer un sentiment de supériorité ne l’empêche pas pour autant d’être intimement convaincu qu’il est le meilleur ».

 

 

Détails

Broché: 397 pages

Éditeur : Jacob Duvernet (31 janvier 2013)

Langue : Français

ISBN-10: 2847244441

ISBN-13: 978-2847244441

Dimensions du produit: 21,8 x 14 x 3,4 cm

 

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