Marie-José SOUBIEUX : Le berceau vide

le berceau vide

Un livre de référence sur le deuil périnatal

 

 

Quand un couple, une femme perd son enfant in utero ou peu de jours après la naissance, c’est un cataclysme d’une violence foudroyante qui s’abat. Le deuil périnatal a longtemps été nié. Aujourd’hui différents travaux, notamment ceux de Marie-José SOUBIEUX permettent de lui donner une place dans la vie des parents, des familles et de la société.

La mort d’un tout petit bébé, un deuil pas comme les autres

La perte d’un enfant à naître ou tout juste né bouleverse l’ordre des choses. C’est une remise en question de toutes les certitudes « force est de constater sur la perte d’un fœtus ou d’un tout jeune bébé n’est pas une mort comme une autre. » (p19) (…) c’est « un deuil singulier (…) collusion insupportable entre la vie et la mort, bousculant l’ordre des générations ». Les parents doivent donc faire face à l’indicible, tout comme la confrontation avec la violence à l’état pur lors d’une interruption médicale de grossesse ou la mère doit avaler les comprimés nécessaires à cette IMG. Un temps est absolument nécessaire pour intégrer cette nouvelle. Ce temps est propice à l’accompagnement par l’équipe médicale, mais il doit être adapté et bienveillant.

Des réactions imprévisibles et propre à chacun face à un deuil périnatal

La dispense de jugement par cette équipe soignante est indispensable tant les réactions et comportements sont propres à chacun et ne peuvent pas être normés « certains parents demanderont à voir leur enfant, d’autres ne le verront jamais. Il n’y a pas une attitude meilleure ou plus néfaste qu’une autre. L’essentiel est de respecter la temporalité de chacun » (p33).

Un décalage très fort avec l’entourage peut se créer. La rage, la honte parfois, l’incompréhension surtout envahissent les mères. Les proches s’éloignent car ils ne peuvent comprendre. Et parfois, ressurgissent de vielles peines ou des traumatismes anciens « devenir parents est une construction pour laquelle il faut conjuguer l’histoire familiale, sa propre histoire, et ses projection pour le futur enfant. » (p33).

Le deuil périnatal et ses effets dévastateurs pour les parents

Le deuil est présent, mais pour la perte d’un jeune enfant il est dévastateur. Ce qui se définit comme « un état affectif douloureux provoqué par le mort d’un être aimé », mais aussi « comme la période de douleur et de chagrin qui suit cette disparition » (p83) plonge les parents dans le désarroi quant il s’agit de la perte d’un jeune enfant. « A l’annonce de la perte, succède un état de choc intense, notamment si celle-ci a un caractère brutal et inattendu. Refus, négation de la mort ou de l’évènement occupent alors toute la scène. » (p85).

Marie-José SOUBIEUX illustrent avec beaucoup d’exemples, les phénomènes de refus et de négation. Elle le fait tout en nuance et sans jamais culpabiliser les mères. Ces exemples présentent parfois des situations qui peuvent paraître incohérentes, mais elle reprend ces situations, avec son regard de professionnel, pour les resituer dans le contexte extrême vécu par les jeunes mères, en soulignant que ce sont des états transitoires et parfois nécessaires pour affronter la douleur ressentie.

L’importance des rituels pour accepter la réalité de la perte

Certains établissements accompagnent réellement les mères et les couples dans cette épreuve. Cela peut passer par l’instauration d’un certain « protocole » ou rituels qui, s’ils sont très douloureux, peuvent aussi faire sens : « les rituels proposés au moment du décès du fœtus, montrer le fœtus mort, le prénommer, effectuer des obsèques sont des actes qui rendent réels l’enfant et sa perte. » (p90). Ils sont donc des moyens de traverser ce moment pour l’intégrer autant que possible dans sa vie présente et future.

La question de l’enfant de remplacement

En la matière, les poncifs sont nombreux. L’enfant ou les enfants suivants le deuil d’un tout petit bébé sont « jugés » avant que d’être, mettant en accusation les parents. Marie José SOUBIEUX en donne un éclairage différent « Si le disparu est l’enfant, le suivant sera-t-il un enfant de remplacement ? Pour les parents, refaire un enfant signifie aussi qu’on ne cherche pas à s’enfermer dans la douleur, avec cet enfant mort qui deviendrait l’unique sens de la vie. Refaire un enfant ne signifie pas qu’on oublie l’autre ».

La création pour dépasser la douleur

Une des réactions classique mais peu connue face au deuil périnatal est le foisonnement créatif des mères endeuillées : « Certaines femmes écrivent, d’autres peignent, sculptent, après la mort d’un fœtus ou d’un bébé. Leurs relations changent, leur position s’affirme, elles repensent leur vie et entreprennent de nombreux projets ». (p116).

Survivre au deuil périnatal dans le couple et la famille

Le deuil périnatal affecte l’individu dans sa chair, mais aussi le couple. L’épreuve est une épreuve de force dans la peine. Une douleur ne se partage pas. Les ainés peuvent en être affectés. Leur expliquer est un moment difficile mais nécessaire pour leur construction et l’intégration de ce deuil dans l’histoire familiale.

Et l’accompagne psychologique dans ces drames ?

C’est une des dernières parties de ce livre et là aussi, il se fait tout en nuance. Un professionnel qui intervient dans ces situations arrive en situation de crise. Il doit être en capacité d’être remis en question, d’être malmené, d’être fragilisé en étant le réceptacle de la souffrance d’autrui et de laisser derrière lui ses certitudes, en n’oubliant pas que « c’est le patient et le patient seul qui détient les réponse » (p171).

Le berceau vide est un livre de référence et d’une rare intelligence pour un sujet aussi douloureux.

 

Détails :Auteur : Marie-José Soubieux, Éditeur :    Eres, Date de parution  juin 2013 (réédition), collection : Vie De L’enfant, ISBN 2749238250

A savoir :

  • L’association AGAPA intervient en proposant des espaces de dialogue aux mère endeuillées,
  • La guidance infantile de la Fondation Sainte Marie, propose des groupes de paroles tous les vendredis à Paris 14, 26 Boulevard Brune. Ils sont ouverts à toutes les mères concernées par le deuil périnatal.

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